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Étude sur l’analyse des choix de vie en EHPAD des personnes âgées autonomes dans le Cantal et le Puy-de-Dôme.
Dans le cadre du recentrage de sa politique d’action sociale retraite pour le maintien à domicile des personnes âgées peu dépendantes (GIR 5 et 6), la Cram Auvergne a piloté une étude sur l’analyse des choix de vie en EHPAD des personnes âgées autonomes dans les départements du Cantal et du Puy-de-Dôme.
Consulter l’étude intégrale (1,98 Mo).
Le contexte
Constat
En France, selon une étude menée par la Cnav en 2003, les personnes âgées GIR 5 et 6 représentaient 25 % de la population des résidants en EHPAD.
En 2005, cette proportion atteignait 23 % dans le Cantal et 20,23 % dans le Puy-de-Dôme.
Plan d’action
Partant de l’hypothèse que les personnes âgées valides préfèrent majoritairement rester vivre à domicile plutôt que d’entrer dans un établissement d’hébergement, la Cram Auvergne a décidé de réaliser une étude pour mieux :
connaître les principales caractéristiques de cette population, les raisons de ce “choix de vie”, les services, structures ou aménagements défaillants pour permettre le maintien à domicile, les apports de la vie en établissement ;
définir des axes prioritaires pour optimiser sa politique de maintien à domicile.
Partenaires
La DRASS, la DDASS, les Conseils généraux du Cantal et du Puy-de-Dôme, la MSA du Puy-de-Dôme, le Service Médical du régime général de l’Assurance maladie et des représentants d’EHPAD ont contribué à la réalisation de l’étude initiée, étude inscrite dans les travaux de la “Plate-forme de l’observation sanitaire et sociale d’Auvergne”. L’Institut de Travail Social en région Auvergne a assuré un soutien méthodologique au pilotage assuré par la Cram Auvergne.
Méthodologie
enquête exhaustive réalisée auprès de 1 486 personnes âgées, GIR 5 et 6 hébergées au sein de 109 établissements du Cantal et du Puy-de-Dôme
envoi d’un questionnaire élaboré après 21 entretiens qualitatifs auprès de personnes âgées hébergées et de directeurs d’EHPAD.
Déroulement
Été 2006 - questionnaire (15 questions) autour de 5 thèmes :
identification (âge, situation familiale, catégorie socio-professionnelle) ;
freins au maintien à domicile (limites du maintien) ;
facteurs ayant déclenché le placement (choix et raisons) ;
réponses de l’EHPAD aux attentes de la personne (récits, évaluation) ;
apports du placement en EHPAD.
Les résultats - Analyse
Supérieur à 62 %, le taux de réponse traduit la mobilisation des établissements et des personnes âgées.
Les caractéristiques des personnes âgées GIR 5 et 6 en EHPAD
70 % des personnes hébergées sont des femmes.
l’âge moyen est de 82 ans et 10 mois (H : 80 ans ; F : 84 ans).
62 % sont veufs(ves) ; 26 % célibataires ; 9 % marié(e)s ; 3 % divorcé(e)s ; on constate une sur-représentation des veuves et des hommes célibataires.
63 % ont des enfants ; parmi elles, 68 % ont au moins un enfant habitant à proximité de l’EHPAD.
la répartition par catégories socio-professionnelles fait apparaître une sur-représentation des agriculteurs (17 % alors qu’ils représentaient 6,3 % de la population au dernier recensement Insee) et des artisans commerçants (14 % contre 7,8 %). Les employés (29 %) et les ouvriers (17 %) restent les professions les plus représentées.
En résumé, le premier profil du pensionnaire GIR 5 et 6 vivant en EHPAD peut être défini comme celui d’une employée retraitée, veuve, âgée de 84 ans, vivant déjà seule à domicile.
L’entrée en EHPAD
50 % des personnes enquêtées sont entrées en EHPAD au cours des trois derniers exercices (2004, 2005, 2006).
l’âge d’entrée est en moyenne de 78 ans et 10 mois ; il est légèrement inférieur aux données nationales, ce qui peut s’expliquer par le fait que l’étude concerne des personnes autonomes.
70 % des personnes disent avoir choisi de vivre en EHPAD. Les entretiens nuancent ce constat et montrent que ce choix n’est que rarement volontaire “Je n’ai pas eu d’autre choix que de rentrer là ; je ne pouvais plus rester chez moi toute seule ; et bien on ne peut pas dire que c’était un choix, pas vraiment...”.
plus de 70 % des personnes répondent avoir été aidées dans ce choix : dans 90 % des cas, il s’agit de la famille (57 %) ou du médecin (33 %).
65 % des personnes sont entrées suite à un problème de santé ou une hospitalisation.
27 % ont fait ce choix par peur de vivre seul(e) après la perte du conjoint ou d’un proche. On retrouve dans ces statistiques ce qui transparaît au cours des entretiens dans la parole de la personne âgée : le sentiment d’insécurité, la peur de vivre seule, la demande de sécurisation exprimée par le souhait d’une présence permanente. Ces ressentis surviennent après un changement brusque, une rupture (perte du conjoint, hospitalisation, chutes ou fractures, maladie subite).
Les limites du maintien à domicile
15 items ont été proposés aux personnes âgées pour connaître les services qui, s’ils avaient existé, leur auraient permis de rester vivre à domicile. Les trois items le plus souvent cités en première position :
une personne pour vous tenir compagnie (140 citations) ;
une personne pour vous aider à entretenir la maison (118 citations) ;
une personne pour vous tranquilliser le soir (74 citations).
Ces trois propositions commencent toutes par “une personne”, terme qu’il convient de mettre en relation avec celui de la solitude, retrouvé majoritairement lors des entretiens.
Au nombre total des citations, on peut noter à nouveau que la présence d’une personne est souvent citée, l’aménagement du domicile apparaît également important. à l’inverse, l’hébergement temporaire et l’accueil de jour semblent être des solutions encore souvent méconnues.
Les réponses des EHPAD aux attentes des personnes âgées
81 % des personnes sont “tout à fait” ou “dans l’ensemble” satisfaites de leur maison de retraite. À l’inverse, seulement 5 % n’en sont “pas trop” ou “pas du tout” satisfaites.
65 % des résidants ont eu la possibilité de choisir leur EHPAD, principalement en fonction de sa situation géographique (75 %), puis selon le niveau des tarifs (31 %).
Les apports du placement
L’EHPAD permet de préserver la santé (93 %), maintenir l’autonomie (91 %), rassurer la famille (86 %), se sentir moins seul (82 %) et, dans une moindre proportion, créer de nouveaux liens (72 %).
En résumé, la personne âgée GIR 5 et 6, hébergée en EHPAD est une personne vivant déjà seule à son domicile, âgée de plus de 80 ans, isolée socialement, qui a connu une rupture dans son mode de vie (hospitalisation, problème de santé, perte d’un être proche), qui ne peut plus ou ne veut plus vivre à domicile à cause d’un sentiment d’insécurité souvent amplifié par l’entourage (famille, médecin). Pour pouvoir rester à domicile, le besoin d’une présence permanente est souvent exprimé.
Conclusions - les pistes de réflexion
Prévenir la perte d’autonomie et accompagner les personnes en situation de rupture
Deux axes peuvent être définis :
dans le domaine de la santé, cibler des actions sur les troubles de l’équilibre, de la mémoire, la dénutrition, l’ostéoporose, les symptômes dépressifs afin de prévenir les accidents de santé liés au vieillissement ;
dans le domaine social, une attention toute particulière doit être portée sur la prévention pour éviter la “rupture” après la perte d’un proche.
Il convient de rechercher toutes les actions encourageant le maintien d’un lien social.
Les mesures d’aide au retour à domicile après hospitalisation entrent également dans cette logique de prévention en renforçant les moyens mobilisables lors d’une période critique pour la personne âgée.
Mieux cibler les actions de communication et d’information en direction des deux principaux acteurs de la prise de décision d’entrée en EHPAD que sont le médecin libéral ou le personnel médical des établissements de soins et la famille.
médecins libéraux : leur diffuser de l’information sur les dispositifs d’aide au maintien à domicile.
établissements, notamment cliniques et soins de suite et de réadaptation : un renforcement du personnel social (assistante sociale) paraît nécessaire.
familles : différents vecteurs existent déjà pour leur diffuser l’information (Clic, Caisses de retraite, services sociaux…).
Le point important consiste à donner l’information “au bon moment”, en particulier après la survenue d’un évènement entraînant une rupture (hospitalisation, perte d’un proche).
Développer des solutions alternatives à l’hébergement en EHPAD
L’étude a révélé que ce qui manque le plus aux personnes âgées, c’est une présence permanente auprès d’elles.
Plusieurs pistes peuvent être explorées : le principe de colocation inter-générationnelle (étudiant, apprenti…), l’aménagement d’un habitat étudié pour les personnes fragilisées, l’expérimentation de villages retraite, le développement de services à la personne plus résolument orientés vers le maintien du lien social.
L’insécurité, notamment en matière de santé, peut trouver un début de solution en développant des formules d’hébergement plus souples : hébergement temporaire, partiel (jour ou nuit), foyers-logements en amont des EHPAD, petites unité d’accueil.
Enfin, le vieillissement de la population doit être intégré aux contraintes d’urbanisme.
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